Hier soir, à l'émission Tout le monde en parle, une association appelée Parents Orphelins a partagé avec le Québec ce qu'est le deuil périnatal. Cette entrevue a touché beaucoup de personnes si je me fie à ce que j'ai vu sur Facebook. Je n'ai pas regardé cette émission, car je sais trop bien ce que c'est, d'être un parent orphelin.

C'était un magnifique samedi d'août... Le 11... Il faisait très chaud. Un moment qui aurait dû être heureux devenait le pire de toute ma vie. J'allais à la fois donner la vie... et la mort.

Après deux ans et demi d'infertilité et de traitements douloureux, j'étais enfin enceinte! Le rêve de ma vie! Une grossesse qui se déroule bien, un suivi serré à cause du diabète, un bébé vigoureux et en santé. Tout allait bien, jusqu'à ce décollement placentaire et la contraction qui a fait rompre la poche des eaux. Bébé ne pouvait se développer correctement sans le liquide et tous les deux risquions de graves infections. Il n'avait que 22 semaines et demie...

Une semaine allitée, à espérer que la poche se referme, que le liquide se refasse, qu'une avancée technologique transforme mon utérus en aquarium... En vain. J'ai dû faire le choix le plus cruel de ma vie.

J'ai accouché très vite, le travail ayant commencé aussitôt que j'ai commencé à bouger. Une heure pour dilater de 1 à 10 cm (ca fait TRÈS mal) et 15 minutes plus tard (parce que j'ai dû attendre que le médecin arrive pour pousser), je tenais mon petit Julien dans mes bras. Comme toutes les mamans, j'étais tellement fière d'avoir passé à travers un accouchement et de voir enfin la chair de ma chair, ma petite grenouille qui prenait mon utérus pour une trempoline. En même temps, quelle douleur atroce que de voir son enfant tenter de respirer sans y arriver... Cette partie-là, je l'ai longtemps occultée de mes souvenirs. Elle n'est revenue qu'il y a peu de temps. Trop pénible probablement.

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Le 11 août 2007, j'ai cru deux fois que j'allais mourir : une première fois de douleur à mon âme, une seconde lors d'un choc vagal (une importante chute de pression). Et pourtant... cette journée a aussi été celle de ma renaissance. C'est en effet ce jour-là que j'ai compris que dorénavant, je me devais d'être heureuse et de profiter de la vie... pour deux.

Pendant mon congé, j'ai commencé à prendre soin de moi : changement de look, activités pour moi. Quelques mois plus tard, je quittais mon château après avoir enfin accepté que le prince que j'avais épousé n'était pas celui qui m'était destiné. Et depuis, j'ai appris à m'aimer et à être bien avec moi-même. Je n'ai jamais été aussi heureuse et je n'ai jamais autant savouré la vie.

Je vous mentirais si je vous disais qu'on oublie et qu'on arrête de souffrir. Je pense à mon fils plusieurs fois par jour. Parfois, la douleur m'envahit, me donnant l'impression qu'on arrache mon coeur de ma poitrine. Il y a des dates clés pendant lesquelles, j'ai l'impression que j'ai perdu une partie de mon âme : son anniversaire, la fête des mères, Noël. Toutefois, j'ai accepté que cette douleur fasse partie de ma vie. Après tout, elle me rappelle que j'ai eu le bonheur de sentir le plus magnifique petit homme grandir en moi. Mais elle me rappelle aussi que je ne le verrai jamais grandir, courir, qu'il ne m'embrassera jamais, ne dira pas de mots d'enfants. Parfois, je regarde mon neveu né quatre jours plus tard et j'essaie d'imaginer ce qu'il serait aujourd'hui. Il y a aussi toujours le fait que, quand on me demande si j'ai des enfants, je ne sais jamais quoi répondre. Quand je dis la vérité, ça crée un malaise.

Je ne sais pas si j'aurai la chance un jour de porter à nouveau un petit être et de l'accoucher à terme. Je l'espère. Je sais toutefois que si je deviens enceinte, mon médecin est mieux d'être conciliant, car je vais me battre pour avoir un cerclage du col, seule chose qui aurait pu éviter la perte des eaux.

rubanLe 15 octobre est la journée de sensibilisation au deuil périnatal. Un sujet tabou qui ne devrait pas l'être.

Chers lecteurs, avez-vous déjà vécu ou connu quelqu'un qui a perdu un bébé?